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AUDRENNE ◭ brouillons

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MessageSujet: AUDRENNE ◭ brouillons 13.06.13 18:53

brouillons, brouillons, brouillons.
(en cours)
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MessageSujet: Re: AUDRENNE ◭ brouillons 13.06.13 18:55

LA FOSSE
« La méchanceté boit elle-même la plus grande partie de son venin.* »
Je suis toxique. Je suis un poison, je suis un venin. Je me plais à élire mes quartiers dans les veines les plus chastes, à infecter les cerveaux les plus calmes. 
Je suis Saturnin Van Hallen. L'abject petit con qui profite des filles sans les rappeler, qui étale son fric devant les yeux des plus pauvres, qui renverse une bouteille de champagne qui vous aurait coûté plus d'un mois de salaire en riant fort. J'ai toute la vie devant moi, les poches bourrées de billets, un sourire charmeur, alors pourquoi m'occuper de la politesse ?
Je suis plus connu pour mes frasques que pour mes bonnes actions dans une oeuvre de charité. Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que j'excelle. Donnez-moi du papier et un stylo, je suis prêt à vous ouvrir les portes d'un monde où l'argent, le luxe et l'excès sont rois. Donnez-moi du papier et un stylo, je suis prêt à vous démontrer par a + b combien le monde où je suis né est pourri jusqu'à la moelle.

citation tirée des Lettres à Lucilius, par Sénèque*
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MessageSujet: ANDREÏ ET SARCHA - La Fosse 16.08.13 17:30

- Encore ?
Un mot, dit d'une voix neutre. La main sur la cuisse d'Alice, je sentis mon coeur faire un bond. Je savais très bien à qui appartenait cette voix - en six ans, j'avais eu tout le temps de l'apprendre par cœur. Alice fronça les sourcils, tenta de se dégager. Je la retins. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être par simple jeu, par envie de défier celle qui m'aimait. Mais, au fond, une partie de moi me chuchotait que c'était une mauvaise idée. Une énorme connerie.
- Comment as-tu su ? demandai-je, mes lèvres se tordant en un sourire ironique. D'habitude, tu n'es pas aussi rapide.
Enfin, je me retournai. Elle mesurait dix bons centimètres de plus qu'à son habitude, une robe d'un rose pâle moulait son incroyable poitrine. Elle aussi avait dû sortir avant d'atterrir dans ce bar. Glissant ses doigts dans ses boucles brunes, Sarcha leva les yeux au ciel avant de hausser les épaules.
- Choisis mieux tes fréquentations.
Elle s'approcha de nous, s'assit à côté de ma nouvelle conquête. J'étais étonné par son manque de réactions et son envie de me faire croire que ça ne la touchait plus. La première fois qu'elle m'avait trouvé avec une autre fille, j'avais eu le droit à la grande scène : elle avait attrapé Constantine par les cheveux, l'avait trainée dehors avant de briser la porcelaine de ma grand-mère. Je n'avais pas bougé le petit doigt pour l'aider, nu dans le lit.
- Il est grand, roux et se fait passer pour ton meilleur ami. C'est de la vodka ? demanda-t-elle à Alice, pointant du doigt son verre. Ça ne te dérange pas si je le finis ? Après tout, tu tentes de coucher avec mon petit ami.
J'entendis Alice se dégonfler comme un vieux pneu crevé, mon sourire s'agrandit. Elle qui pensait être la plus jolie, la plus incisive, voilà qu'elle se retrouvait devant une vrai lionne enragée. Sans répondre, elle se contenta de fixer Sarcha descendre le verre que je lui avais offert, les ongles enfoncés dans le cuir du sofa.
Elle arrivait toujours à me faire rire. Avec ses boucles brunes, son air de sainte-nitouche et son débit de paroles semblable à un flingue, elle arrivait un jour à imiter la petite fille sage, le suivant à ressembler à une pauvre vipère désabusée. C'était sûrement ce qui me forçait à rester avec elle. Elle était mon pantin, ma poupée. Mais savait très bien me le faire payer. Elle me rendait fou.
- Sinon, à part chercher un peu de chair fraîche, que fais-tu ici Andreï ? me demanda Sarcha d'une voix nasillarde, posant bruyamment le verre vide sur la table. Excuses-moi si c'est indiscret.
Un léger rire vint mourir sur mes lèvres et je me passai la main dans les cheveux. Une moue dégoûtée remplaça mon sourire sardonique lorsque je fixai ma main couverte de brillantine. Je tirai un mouchoir de ma poche et l'essuyai, m'amusant à la faire poireauter. Elle détestait ça, je le savais. Ça me plaisait.
- Tu l'as dis toi-même : je cherchais quelqu'un pour te remplacer. Puis j'ai trouvé Alice, fis-je en effleurant la joue de celle-ci. Et tu es arrivée, malheureusement.
Ce n'était plus son jeu, mais le mien. Je m'amusais à la faire tourner en bourrique, à lui prouver que je n'avais peut-être pas autant besoin de sa présence. Oui, je l'aimais. Mais je l'aimais détruite, achevée dans mes bras. Je préférais la passion à l'amour plan-plan, aux mots doux et aux fleurs. Le seul cadeau que je lui avais fait, sans compter les bleus et les marques, était une bague ornée d'un rubis. Pour marquer ma propriété, lui rappeler qui contrôlait notre couple.
- D'accord, je pense que je vais vous laisser.
Surpris, nous vissâmes nos prunelles au visage d'Alice. Elle avait retrouvé sa voix ? Se dégageant de mon étreinte, la jeune fille nous jeta un regard dépité avant de rassembler ses affaires, passant son manteau.
- Mais non, restes avec nous ! lui ordonna Sarcha d'un ton mielleux, sa main attrapant son poignet.
Alice la repoussa et finit de se rhabiller, rejetant ses longs cheveux roux en arrière. Elle se posta devant moi, les mains sur les hanches, le poing serré sur un bout de papier.
- Tu es mignon et gentil quand tu veux. Je comptais te le donner après que tu m'aies raccompagnée mais ça ne sera pas possible, murmura-t-elle en ouvrant sa paume. Je préfère rentrer seule, elle me fait peur.
Fourrant le papier dans la poche de mon manteau, elle coula un regard mauvais à Sarcha avant de s'éloigner, ses talons claquant contre le parquet. Nous restâmes un moment silencieux avant que ma petite amie n'éclate de rire. Elle leva la main, héla un serveur, ricanant toujours. D'un air las, je haussai les épaules.
- Tu comptais sérieusement passer une nuit avec ça ? Sans mentir, tu me vexes Andreï. Je t'avais connu avec de meilleurs goûts. Cette fille que tu avais ramenée en juillet - Emma je crois, était fabuleuse, vraiment. Mais Alice... Rien que son prénom me donne envie de vomir. Puis, quel âge a-t-elle ? Quinze ans ? L'alcool te ramollit le cerveau, je trouve.
Je ne disais rien, vissais juste mes prunelles à son visage rougi par l'exaspération. Elle pensait pouvoir me mentir, mais ça se voyait à des kilomètres : elle crevait de jalousie. Son coeur était immergé sous le flot de la colère, sa voix déraillait dans les aiguës. Voilà ce qu'elle méritait après tout le mal qu'elle m'avait causée, après toute la honte qu'elle avait insufflé dans mes veines. Elle continuait son monologue, ses yeux lançant des éclairs. Lorsque le serveur arriva, chargé d'un plateau, elle se tut enfin. L'homme posa deux nouveaux verres devant nous. Je le remerciai, pris le mien, bus une gorgée. Du whisky, elle me connaissait par cœur. Je souris.
- Tu as fini ton petit numéro de femme bafouée ou tu veux continuer ? Tu parles à un mur, tout ce que tu me dis rentre par une oreille et sort de l'autre.
Le liquide ambré scintillait sous l'éclairage tamisé, du mauvais rock résonnait dans mes tympans. Ce bar était le genre de Saturnin, pas le mien. Je sortis un billet neuf de mon portefeuille, fis un signe de tête à Sarcha.
- Finis de boire, après on rentre. Ma mère est sortie à l'Opéra, avec son nouveau copain.
Elle resta silencieuse, les mains tremblantes. Puis, lâchant un soupir, elle regarda sa montre - une espèce de Rolex en or rose, qu'elle avait reçue à son quinzième anniversaire. Cliché ambulant de la petite fille riche. Elle se massa la cheville, là où la bride lui mordait la peau, et avala d'un trait ce qui lui restait, frissonnant lorsque l'alcool réchauffa sa carcasse filiforme.
- Toi, tu rentres. Seul. Il est minuit, j'ai mis une heure à arriver ici. Et je ne me suis pas encore amusée. Pas assez à mon goût, me cracha-t-elle en remontant sa robe.
Elle se leva et, sans m'attendre, détala. Lâchant un juron, je jetai mon billet sur la table, rassemblai mes affaires et la suivis au pas de course, la maudissant. Elle était folle, elle me rendait dingue. Dingue d'elle, dingue de ses manies, dingue de sa fureur. Je la retrouvai sur le trottoir, occupée à héler un taxi. Elle avait remonté sa robe à mi-cuisses, son maquillage avait coulé - peut-être avait-elle pleuré ? Mais même sans ça, sa mère ne l'aurait pas reconnue. Je me mordis la lèvre, sentit mon cœur battre plus fort contre mes côtes. A cet instant précis, j'aurais tout fait pour la pousser sous les roues d'une voiture. Agrippant sa taille, j'ouvris la portière d'un taxi choisi au hasard, entendis des cris derrière nous. La voiture ne nous était sûrement pas destinée. Sans remords, je levai mon majeur à la foule derrière la vitre, ce qui fit rire aux éclats ma vipère. Je lui jetai un regard noir, elle balança une adresse que je connaissais pas au chauffeur.

L'avantage que l'on a, lorsqu'on atteint la majorité, c'est que l'on a plus besoin d'inventer des stratagèmes pour rentrer dans des clubs ou pour boire. Il suffit juste de sortir son plus beau sourire pédant, de montrer sa carte d'identité et de faire ce que l'on veut, tout simplement. C'est sûrement pour ça que, sans savoir comment, Sarcha et moi nous nous sommes retrouvés au Baron, en compagnie de Saturnin, de Svetlana et de personnes dont le visage m'était encore inconnu. Ils étaient quatre, quatre types sûrement bien saouls. Et avec les poches remplies d'argent. Des petits bourgeois prétentieux qui deviendraient bientôt mes amis s'ils étaient un minimum intéressants.
Svetlana me fit la bise, son parfum me giflant de plein fouet. Dire que je l'avais oubliée était un beau mensonge. Je fermai les yeux, tentai de me reprendre. Saturnin me secoua, partit dans un rire diabolique. La musique me donnait l'impression d'avoir une caisse de résonance à la place du cerveau. L'un de mes nouveaux compagnons de fête me donna son prénom - Gabriel, et se pencha vers Svetlana pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille, un bras autour de son cou. Celle-ci le repoussa, riant sans pouvoir s'arrêter, avant de venir s'échouer contre mon torse. Sarcha la dévisagea un instant avant d'attraper la bouteille presque vide et de boire au goulot, ses joues rougissant déjà. Elle ne tenait pas l'alcool.
Je savais pourquoi elle buvait plus que de raison ce soir, mais je ne faisais rien pour l'arrêter. J'aimais lui faire croire qu'elle n'était que de passage, qu'elle était comme ces filles que je pouvais ramasser à la pelle. J'aimais lui faire croire qu'elle était laide, qu'elle ne servait à rien. J'aimais la manipuler, lui faire souffler le chaud puis le froid. Grâce à ça, je me sentais puissant. Elle était ma planche de salut et, si elle essayait de me quitter, je savais comment la faire revenir. Je l'avais empoisonnée. En six ans, j'avais appris chacune de ses mimiques, chacune de ses pensées. On considérait mon meilleur ami comme un garçon mauvais, pourri. J'étais pire. J'étais pire qu'eux trois réunis, sauf que je n'osais pas me l'avouer.
Un bouchon de champagne me redonna le sourire. On vida la bouteille dans des verres à vin et on le but sans même le déguster. Il était trop chaud pour être bon, sûrement abandonné sur la table depuis un petit moment. Mais on s'en moquait. Du moment qu'on pouvait claquer le fric de nos parents, on était heureux. On se servit une nouvelle fois, on trinqua. A quoi ? Personne ne le savait. Peut-être à nos dix-huit ans, à notre vie sans problèmes. On devait s'en créer nous-mêmes tellement nos existences nous semblaient fades, creuses. Les seules questions que l'on se posait était : que ferai-je demain soir ? qui vais-je appeler pour m'accompagner ? que vais-je porter parce que, si je remets la même robe qu'hier, tout le monde va me regarder et avoir l'impression que je suis une plouc ? est-ce que les actions de Papa ont augmenté ou vais-je devoir compter sur autre chose pour assurer mes nouvelles années de débauche ? est-ce que je rentre maintenant ou est-ce que je ne dors pas ce soir ?
Souhaits futiles, envies futiles. Nous tournions en rond, enfermés dans une cage, sans savoir quoi chercher. On pensait être au nirvana, étreindre le bonheur, sans même connaître sa véritable définition. Mais ça ne me dérangeait pas. J'étais semblable à mes amis, à ceux que je côtoyais. J'étais un mouton.
Gabriel me demanda s'il pouvait s'en griller une ici. Je haussai les épaules et fis un geste de la main, étreignant la taille de Sarcha de l'autre. Il me fit un brin de causette, ses yeux passant des jambes de ma petite amie à celles de mon ancienne amante. Une bouffée de jalousie m'aveugla, prit possession de mes sens. Puis, sans trop savoir pourquoi, elle s'évanouit lorsque Sarcha posa ses lèvres contre les miennes.
- Si tu comptes te faire virer ce soir, je te prête mon briquet et tu te l'allumes ici. Sinon, je te conseille de sortir - ça ne te prendra que cinq minutes, fit-elle d'une voix douce, ses lèvres esquissant un sourire d'ingénue.
Svetlana ricana, se releva et toucha le bras de Saturnin. Je ris aussi, un pincement au cœur. La lionne que j'avais eu la chance d'apercevoir n'était plus. A la place se trouvait l'enfant perdue, presque trop sage pour être réelle. D'un côté, j'étais déçu. De l'autre, j'étais heureux qu'aucun autre ne puisse la voir dans tous ses états. Je ne savais plus sur quel pied danser. Tout l'alcool ingurgité depuis le début de ma soirée avait du mal à passer, j'avais trop chaud. Sarcha fit un signe de tête en direction de Saturnin et Svetlana, prit ma main et me remit debout. C'était le signe du départ. Sans même dire les saluer, nous nous éclipsâmes. Persuadés qu'ils n'avaient rien remarqués.
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MessageSujet: Re: AUDRENNE ◭ brouillons 29.12.13 0:15

Une maison vide, des cadavres de bouteilles un peu partout. Et, dans un cendrier, une cigarette se consumait lentement. Voilà à quoi ressemblaient nos vacances. Nous n'avions pas mis le pied dehors depuis une semaine, nous n'avions pas ouvert les volets depuis que nous étions arrivés. Pourquoi ? Je ne savais plus. Peut-être par peur que Sarcha fuit. Je la perdais, je le savais. Ses regards n'étaient plus les mêmes, seul l'alcool pouvait lui arracher des sourires. Elle passait des coups de fil en douce dans la salle de bain, la porte fermée à clé. J'allais devenir fou, ça me tuait à petit feu.
Je fixai la clope que j'avais abandonnée. Je l'avais allumée, avais tiré trois taffes, avais fait tomber la cendre sur la table avant de la laisser, la tête ailleurs. Elle ne dormait pas. Elle pensait pouvoir me faire croire le contraire mais, en quatre ans, j'avais appris par cœur le rythme de sa respiration. Elle attendait sûrement que je sombre dans les bras de Morphée pour appeler l'un de ses soi-disant amis. Pour faire un brin de causette, pour lui demander des nouvelles. Pour savoir comment il s'en sortait. Pour être sûre qu'elle lui manquait.
De rage, je balayai la table d'un geste de la main, mon cœur vrillant mes côtes. Je fouillai dans les poches de mon jean, m'allumai une autre cigarette et me mis à réfléchir, les rouages de mon cerveau effritant ma boîte crânienne.
Ce n'était pas Saturnin. Il était amoureux, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Il y avait bien ces types qu'on avait rencontré une fois, au Baron. L'un d'eux n'arrêtait pas de parler pour rien dire, cliché du nouveau riche qui cherche à se faire bien voir. C'était bien le genre de Sarcha : plutôt mignon, grand, avec de l'argent. Tremblant, je coinçai la clope entre mes lèvres et me servis un verre. Depuis une semaine, je ne faisais que boire. Verre sur verre, bouteille sur bouteille. Ça n'arrangeait pas mes délires psychotiques. Un sourire vint mourir contre la courbe de ma bouche, trop mauvais pour y rester. Elle m'encourageait à boire et - en plus ! - elle restait enfermée avec moi. Qu'est-ce qui clochait chez elle ?
Je l'entendis arriver mais ne relevai pas la tête, fumant jusqu'au filtre. Je vidai mon verre, m'en servis un autre, m'allumai une nouvelle cigarette. Enfin j'osai regarder ma petite amie, mes prunelles bleuâtres se régalant du spectacle qu'elle m'offrait. Une véritable poupée. Si je le voulais, je pouvais la briser en deux. Et, dommage pour elle, ce soir, je le voulais.
- Viens t'asseoir, lui ordonnai-je d'une voix enrouée.
Je toussai, mon regard toujours vissé à son corps. Gênée, Sarcha resserra les pans de ma chemise autour de son corps mais ne m'obéis pas, ouvrant le frigo pour trouver quelque chose à avaler.
- Il faudrait faire des courses, me dit-elle d'une voix absente.
Elle chercha une cuillère, ouvrit son yaourt et commença à manger, me dévisageant. Charbon contre azur. La peur contre la rage. La femme contre l'homme. Je ricanai. Je ne me posais même plus la question de qui allait gagner, je pariais tout sur moi. Personne ne pouvait l'aider, nous étions seuls. Enfin ! J'attendais ce moment depuis trop longtemps. Mes poings se serrèrent, mes ongles se fichèrent dans mes paumes. Et, pareils à des torrents brûlants, je sentais mes veines prêtes à éclater.
- Viens t'asseoir, répétai-je plus lentement, disséquant chaque syllabe.
Son souffle se fit laborieux, butant presque contre ses poumons. Lentement, elle posa le yaourt sur le comptoir de la cuisine. Ses doigts firent pris de convulsion. Elle les tordit, grimaça, n'osa pas croiser mon regard. J'avais le dessus.
Allait-elle pleurer ? Sûrement. Ses larmes ne me faisaient plus rien, elles n'éteignaient plus le feu qui dévorait mon palpitant. Elles glissaient juste le long de ses joues, venaient s'échouer contre la pâleur de son cou. Autrefois, elles étaient formidables. Autrefois, j'aurais pu remuer ciel et terre pour les empêcher de couler. Aujourd'hui, elles me faisaient simplement rire.
Sarcha boutonna ma chemise deux fois trop grande pour elle, tenta de sortir de la cuisine. Je lui attrapai le poignet et le tordis sans même me lever, sans même un regard. Je sentais l'ivresse sourde, l'ivresse froide prendre possession de mon être. Cette même ivresse qui était devenue, au fil des jours, mon amie, mon amante, le capitaine de mon âme.
- Lâches-moi ! couina celle que je croyais aimer.
Je n'accédai pas à sa requête. Une chaise vola, une bouteille partit en éclats. Sans trop savoir comment, je me retrouvai à la dominer de toute ma hauteur. Je pouvais sentir son souffle affolé buter contre ma peau. Elle griffa mon torse, me repoussa. Je lâchai un ricanement, mes doigts tremblants virent trouver les boutons de ma chemise. Je les arrachai. Et, devant cette étendue de peau nue, je fus pris d'une envie incontrôlable. Mes dents virent s'enfoncer dans son épaule. Comme un vulgaire chien, je mordais dans la chair, dans cette chair qui avait trop souvent accueilli ma jouissance. Je la fouillais, l’abîmais.
Une claque me remit les idées en place. Les larmes aux yeux, ma belle tentait de sa rhabiller. Ses mains convulsaient. Lorsqu'elle comprit qu'elle n'y arriverait pas, elle me foudroya du regard. Interloqué, je me massai la joue.
- C'est fini, cracha-t-elle dans l'air saturé par l'odeur du sang.
Déjà je voyais une tâche rouge s'épanouir sur la blancheur de ma chemise. Elle partit en courant, j'entendis une porte claquer. Tel un automate, j'allai jusqu'à la chambre que nous partagions. Elle était fermée à clef.
Je tournais la poignet, m'énervais. Mes poings s'abattaient dans la cloison en bois, je voyais la chair partir en lambeaux, je hurlais son prénom. Cette salope ne répondait pas.
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